Journal de la Société de Biologie, 202 (2), 143-160 (2008)
DOI: 10.1051/jbio:2008018
Acquisition de nouvelles informations dans un réseau neuronal : du concept hebbien à la plasticité homéostatique
Nicolas Le Roux, Muriel Amar et Philippe FossierCNRS, Institut de Neurobiologie Alfred Fessard - FRC2118, Laboratoire de Neurobiologie Cellulaire et Moléculaire - UPR9040, 91198 Gif sur Yvette, France
Reçu le 13 décembre 2007, accepté le 6 février 2008 / Publié en ligne 13 juin 2008
Résumé
La plasticité synaptique est le mécanisme cellulaire à la base
des phénomènes d'apprentissage et de mémorisation. La
majorité des travaux sur la plasticité synaptique est basée sur
le postulat de Hebb (1949) qui a proposé que, lorsqu'un neurone prend
part de façon répétée à l'activation d'un autre neurone,
l'efficacité des connexions entre ces neurones est augmentée.
Depuis, les manifestations de la plasticité qui font l'objet
d'études intensives sont la LTP (Long Term Potentiation) et la LTD (Long
Term Depression) qui représentent, respectivement, une augmentation et
une diminution de l'efficacité de la transmission synaptique à long
terme. Cette revue fait le point sur les principaux acquis concernant les
mécanismes cellulaires de la LTP et de la LTD, que ce soit au niveau des
synapses excitatrices qui ont été les plus étudiées ou au
niveau des synapses inhibitrices. Cependant, si on considère non plus
les synapses individuelles mais les réseaux neuronaux, les
conséquences de la plasticité synaptique doivent être
envisagées à un niveau global afin de déterminer si on modifie
ou non l'activité des réseaux. La plasticité homéostatique
considère l'ensemble des mécanismes qui gèrent l'efficacité
de la transmission synaptique pour toutes les synapses d'un neurone. Ce
nouveau concept envisage donc des fonctionnements concertés des circuits
excitateurs et inhibiteurs afférents sur un neurone pour maintenir un
niveau d'activité stable en permettant l'acquisition d'informations dans
ces réseaux sous forme de renforcement ou de diminution d'efficacité
des connexions synaptiques. Nous proposons que les protocoles de stimulation
utilisés pour induire la plasticité au niveau synaptique mettent en
place, au niveau des réseaux neuronaux, une "potentiation
homéostatique" ou une "dépression homéostatique" de
l'excitation et de l'inhibition. La coordination entre les circuits
excitateurs et inhibiteurs permet aux réseaux neuronaux de conserver un
niveau d'activité stable qui évite de basculer dans des épisodes
d'hyper- ou d'hypo-activité pendant les phases d'apprentissage et de
mémorisation.
Abstract - Acquiring new information in a neuronal network: from Hebb's concept to homeostatic plasticity
Synaptic plasticity is the cellular mechanism underlying the phenomena of
learning and memory. Much of the research on synaptic plasticity is based on
the postulate of Hebb (1949) who proposed that, when a neuron repeatedly
takes part in the activation of another neuron, the efficacy of the
connections between these neurons is increased. Plasticity has been
extensively studied, and often demonstrated through the processes of LTP
(Long Term Potentiation) and LTD (Long Term Depression), which represent an
increase and a decrease of the efficacy of long-term synaptic transmission.
This
review summarizes current knowledge concerning the cellular mechanisms of LTP and LTD, whether at the level of excitatory synapses, which have been the most studied, or at the level of inhibitory synapses. However, if we
consider neuronal networks rather than the individual synapses, the
consequences of synaptic plasticity need to be considered on a large scale
to determine if the activity of networks are changed or not. Homeostatic
plasticity takes into account the mechanisms which control the efficacy of
synaptic transmission for all the synaptic inputs of a neuron. Consequently,
this new concept deals with the coordinated activity of excitatory and
inhibitory networks afferent to a neuron which maintain a controlled level
of excitability during the acquisition of new information related to the
potentiation or to the depression of synaptic efficacy. We propose that the
protocols of stimulation used to induce plasticity at the synaptic level set
up a "homeostatic potentiation" or a "homeostatic depression" of excitation
and inhibition at the level of the neuronal networks. The coordination
between excitatory and inhibitory circuits allows the neuronal networks to
preserve a level of stable activity, thus avoiding episodes of hyper- or
hypo-activity during the learning and memory phases.
Key words: Synaptic plasticity -- homeostatic plasticity -- neuronal networks -- learning and memory
Mots clés : Plasticité synaptique -- plasticité homéostatique -- réseaux neuronaux -- mémorisation et apprentissage
© Société de Biologie 2008



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